mercredi 11 novembre 2009

Jour du souvenir - de la poêle à frire à la ligne de feu: gâteau de la guerre et biscuits anzac

Le jour du souvenir ou du coquelicot, une journée triste et mémorable! Hélas, il faut absolument se rappeler des aberrations et atrocités humaines pour éviter qu'elles ne se répètent inlassablement.  Je lève ici mon chapeau aux anciens combattants. Bien entendu ces hommes partis au front ont eu un bien triste sort que je ne voudrais aucunement dénigrer ici mais je tiens à rappeler que les femmes qui ont assumé le quotidien de leurs familles, ont vécu elles aussi dans des conditions troubles et pénibles... Elles ont été, elles  aussi, des héroïnes à leur façon.


Pour en revenir seulement à nos casseroles, il faut se rappeler que pas si loin de nous, lors de la deuxième guerre mondiale, les femmes d'ici, ont contribué à l'effort de guerre ou à ce qu'on appelle l'économie de guerre. En effet, bon gré malgré elles se sont retrouvées rationnées en denrées alimentaires variées. Vous savez ce qu'a été le rationnement de guerre? Des coupons et des lignes d'attente sans fin (pire encore que celles actuelles pour attendre le vaccin contre la grippe H1N1) et ce, quotidiennement pour se procurer de quoi alimenter toute la famille.

Ce qui a été rationné: le beurre, le lait, les oeufs, le sucre, le sirop de maïs, la viande, le porc et le bacon, le thé et le café, etc. Certains de ces produits et victuailles conservés pour les soldats partis outre-mer, d'autres produits encore étant plus difficiles à distribuer en ville et réservés aux familles d'agriculteurs et producteurs.  Sans oublier, la pénurie d'autres produits importés par cargo qui ne se rendent plus, les mers fourmillant de sous-marins et engins de guerre. Il y aura toute une campagne menée par l'état à ce sujet, afin de renforcer l'économie et l'effort de guerre du «front domestique» c'est-à-dire les bonnes ménagères.

Sans parler de la surenchère de certains aliments comme la viande, le miel, le jus de tomates, le saumon fumé, le beurre, les pommes de terre, les marinades et le thé, la rareté du tissu ou encore, le coût de la vie.


Les fruits et légumes deviennent disponibles en été seulement, les ménagères développeront donc allégrement le goût du jardinage dans leurs loisirs. Avec le temps, on verra un potager sur la moindre parcelle de terre, en campagne comme en ville, tout le monde trimera son carré de carottes, laitue, oignons verts et radis.

Tout ceci, il va sans dire, a rendu la vie extrêmement difficile à nos mères, grands-mères et arrière-grand-mères qui ont dû user d'imagination, de débrouillardise et d'organisation pour arriver à leurs faims, c'est-à-dire à combler les appétits. Parfois l'échange de marchandises ou de coupons est devenu marché noir, systématiquement organisé, non seulement les produits étant limités mais les quantités étant rationnées individuellement. Dans une de ces familles notamment, chaque individu détenait son petit pot de sucre.  A la fin de la semaine, les quantités de sucre restantes assemblées pour en faire un gâteau.

Comme le dit le vieux dicton: «l'organe créé le besoin», en de telles circonstances certaines recettes ont été créées dont le gâteau de la guerre, un incontournable de cette époque ou encore les biscuits anzac que les femmes envoyaient à leurs hommes-soldats au loin, pour qu'ils leurs parviennent en bon état elles ont dû éviter d'y introduire des produits périssables. Sans oeufs, ces biscuits méritent d'être connus et réalibités non seulement pour les personnes allergiques aux oeufs mais tout simplement pour leur goût fameux et leur croquant. D'ailleurs plusieurs  en ont publiés sur la blogosphère.
Vous voulez en connaître plus sur cette page d'histoire, connaître  la vie de vos ancêtres, admirer de vieilles publicités ou partager un moment avec votre mère ou vos filles. Procurez-vous le livre «De la poêle à frire à la ligne de feu. La vie quotidienne des québécoises pendant la guerre 39-45. Par Geneviève Auger. Raymonde Lamothe.  Boréal Express.» Un merveilleux livre que j'ai lu dans les années 80 alors que,  jeune recherchiste pour un groupe de femmes, je m'intéressais spécialement à ce dossier. Admirez ici ces  quelques illustrations que l'on retrouve à l'intérieur de ce document mémorable. On y apprend que même Simone Monet Chartrand, ayant étudié en nutrition,  a donné des cours à St-Henri sur les aliments de la défense pour le ministère de l'agriculture à cette époque.

On y raconte toutes sortes d'anecdotes croustillantes, comment des femmes ont été amenées à payer l'entrée à un match de baseball au stadium de Montréal en apportant un ustensile en aluminium parce qu'on manquait de métal dans les usines de guerre (d'armement).  Comment on a fait sortir les femmes des maisons pour travailler alors que les hommes étaient outre-mer, on a créé les premières garderies en usines pour accommoder ces mêmes femmes mais aussi comment à leur retour au pays, on a fait rentrer les femmes à la maison. Bref ce livre est passionnant pour mille et unes raisons et je vous le recommande fortement. De plus, il sera facile à trouver en bibliothèque.

Pour en venir à la recette.  Il s'agit de ce gâteau, à la fois rapide à faire et économique,  à l'avantage de se réaliser tout-en-un dans le même moule permettant d'une pierre deux coups d'économiser à la fois l'eau chaude et le lavage de vaisselle.  Notons que l'usage de  l'électricité, à cette époque, a  parfois aussi été limitée pour l'industrie... de guerre bien entendu.



Gâteau de la guerre
1 1/2 tase de farine tout-usage
1 c. à thé de poudre à pâte
1 tasse de sucre blanc
1/2 c. à thé de cannelle
1 c. à thé de bicarbonate de soude
1/2 c. à thé de sel
3 c. à soupe de poudre de cacao
1 c. à thé d'extrait de vanille
1 c. à soupe de vinaigre blanc
5 c. à soupe d'huile végétale
1 tasse d'eau tiède

Préchauffer le four à 350 F. Dans un plat carré de 8 pouces, verser tous les ingrédients secs et mélanger à la fourchette. Faire une fontaine au centre et y ajouter les ingrédients liquides. Mélanger le tout à la fourchette et cuire pendant 30 minutes ou jusqu'à ce qu'un cure-dents inséré au centre du gâteau en ressorte propre.



Sources:
Illustrations d'époque provenant du livre De la poêle à frire à la ligne de feu
Gâteau de la guerre provenant du site: Recettes de temps de geurre - Anciens combattants Canada

8 commentaires:

Épicéanne a dit…

Merci pour les gentils messages. Mes grands parents sont français(décédés depuis longtemps) et ils ont connu les deux guerres mondiales. Mes parents ont vécu aussi avec les résistants du Vercors puisque c'est ma région d'origine. J'ai toujours eu en tête les privations qui ont jalonné leur vie..

Marie Gauthier a dit…

Bonsoir Épicéanne, oui ça été des épisodes très difficiles pour eux, ceux qui y ont survécu peuvent nous en parler encore. Une occasion d'échange et de partage que ce jour du souvenir. Merci à toi pour ce gentil mot, Marie

Canotte a dit…

Oh que ce billet est intéressant.Tu as bien raison les femmes ont contribué à l'effort de guerre. En France en 14/18, ce sont-elles qui ont maintenu l'organisation de la vie rurale.
Mon père avait un mois de service militaire à finir quand la guerre s'est déclarée, envoyé sur le front, fait prisonnier, déporté en Pomméranie, il n'est revenu en France qu'en 1946 par ses propres moyens, 7 années de sa vie perdues, toute sa jeunesse.
Aujourd'hui le temps est venu de la réconciliation et de la paix, c'est tant mieux pour les générations suivantes. Mais pour que la paix continue, il ne faut surtout pas oublié qu'elle est fragile...
Merci Marie pour ce beau billet. Amitiés.

Marie Gauthier a dit…

En effet,Canotte, je pense aussi qu'il faut se souvenir, ne jamais oublier pour éviter de répéter historiquement. Merci pour ton partage, au plaisir, Marie

Allie a dit…

Merveilleux ce billet! Je note la référence du livre qui m'intéresse beaucoup. (Et la recette aussi, que je vais faire bientôt!)

tarzile a dit…

Marie, un très beau billet. Merci pour tes mots.

ysengrimus a dit…

Même le souvenir de la guerre est belliqueux

http://ysengrimus.wordpress.com/2009/11/15/la-petite-fleur-du-fascisme-ordinaire/

Même la célébration de l’armistice est belliciste… Alors le jour du souvenir, je vous demande un peu…
Paul Laurendeau

Marie Gauthier a dit…

M. Laurendeau, dans ce texte il n'est aucunement question d'entériner la guerre mais tout simplement de relever une page d'histoire et de comprendre comment les femmes d'ici ont vécu pendant cet épisode plutôt dérisoire qu'est la guerre. Avec tout le respect pour ses survivants qui parfois ont servi la guerre bien malgré eux, certains ont aussi compris l'absurdité de la chose avec le recul et si c'était à refaire, referaient les choses autrement. En aucun cas je ne voudrais être taxée de facisme. Votre billet révolté m'a toutefois bien fait réfléchir à la valeur de symbole du coquelicot.

En terminant, le Québec a connu son lot de déserteurs tout comme de jeunes mariés au doigt coupé! Maurice Duplessis en tête! Cette page d'histoire - la concscription _ aussi méconnue est un sujet d'intérêt pour un détracteur de la guerre, n'est-ce pas?

Comme vous êtes lettré, vous auriez sans doute préféré ce billet publié antérieurement, qui ne fait référence à McCrae... malheureusement vous n'aimerez pas mon choix de photo.

http://marieestdanssonassiette.blogspot.com/2007/11/graines-de-pavot-mon-pain-au-yaourt-du.html

Merci pour votre visite enflammée, pour moi un moteur d'écriture singulier.

Marie

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