jeudi 14 janvier 2010

Mon dernier repas... dans la flore laurentienne!

Si vous deviez mourir demain, quel serait votre dernier repas sur terre? C'est la question qu'a posé Melanie Dunea, dans son livre " Mon dernier repas", à 50 des plus grands chefs du monde. Et que des amis bloggeurs m'ont aussi posé...


Récemment Michel m'a invité à répondre à ce que serait mon  dernier repas, si j'en avais le choix, bien entendu... une sympathique invitation fort stimulante et créatrice à me livrer à vous mais surtout à moi-même et faisant écho, au livre du même titre, ci-haut représenté, narrant le repas ultime de 50 chefs. Sachant que j'étais une fan finie du film Le festin de Babette, Michel a sans doute cru bon me tendre la main pensant que je décrirais un repas du genre gargantuesque. Je ne savais pas dans quoi je m'embarquais en acceptant son invitation. Et bien je vais maintenant devoir me pencher sérieusement sur un éventuel faire-part... car il m'a drôlement ébranlé ce jeu, mine de rien. Merci Michel de m'avoir fait rêvé ainsi à ce qui pourrait s'avérer un festin fort ludique et romanesque. Quelques jours plus tard, c'est Maripel qui, à son tour, me lançait l'appel à répondre à ce jeu... merci aussi, à toi, chère Marie d'avoir pensé à moi...

Alors je me lance... Pour moi le dernier repas peut s'avérer bien paradoxal, sachant par expérience que lors du dernier repas, les gens en phase terminale n'ont souvent plus très faim ou s'ils ont encore de l'appétit n'ont plus la capacité de digérer ni même d'ingurgiter des aliments, parfois non plus de les apprécier. Ce fût le cas d'une de mes proches qui, à ses derniers jours ne pouvait plus avaler quoi que ce soit. Lorsqu'elle est partie, son dernier repas étant très loin derrière elle.  Par ailleurs, alors que je travaillais dans une maison accueillant des personnes en phase terminale, je me souviens avoir apporté de mon domicile mon mélangeur électrique afin de passer en purée un boeuf bourguignon pour l'offrir à une dame atteinte d'un cancer désirant en déguster. Elle en avait le goût, me disait-elle, et avait apprécié et reconnu le goût de chacun des ingrédients et assaisonnements malgré l'apparence lisse de ce met «blendé».  «On a le goût des bonnes choses et des aliments préparés jusqu'à la fin», m'avait-elle précisé. J'avais pris soin d'apporter des herbes fraîches du jardin pour parfumer ce plat mijoté, ainsi que des framboises et des violas pour lui préparer une mousse aux framboises fleurie.  C'est le genre de repas que j'aimerais que l'on me prépare si je terminais ma vie dans cet état et en de telles circonstances. Une bouillon de poulet maison préparé par ma mère ou, à défaut d'elle, comme elle le faisait.  Ou mieux encore, son consommé de perdrix aux croûtons persillés, me contenterait à lui seul.  Ses bouillons qu'elle me préparait jadis quand j'étais malade,  m'ont remonté le moral et m'ont remis sur pieds plus d'une fois.

Mais si mon dernier repas était pris dans un autre type de scénario, une fin du monde appréhendée par exemple, j'aimerais me propulser quelque part dans la nature. Dans ma région, je pense tout d'abord aux abords du Lac-Saint-Jean, dans une bleuetière par exemple, au Saguenay, ce serait à la montagne que j'aimerais être, L'Anse-Saint-Jean notamment.  L'un des deux endroits ferait l'affaire, pourvu que je sois dans la nature sauvage entourée de fruits de saison, pendant l'été éventuellement, mais aussi de plantes et de fleurs comestibles. Des agapes à la Marie-Victorin dans la flore laurentienne! Un feu de bois crépiterait, le vent chanterait aussi, les conifères embaumeraient l'air et je me trouverais  non pas attablée mais assise au sol, devant moi une belle nappe en cotonnade sur laquelle trônerait de l'hydromel qui coulerait à souhait, des petits bols d'argenterie débordant de bleuets, de fraises des champs et de framboises. Au beau milieu de ces fruits, un poulet de grains rôti à la rose et au tilleul. Quelques sucres à la crème, du fudge divinité sur une assiette de crystal. Des loukoums à la rose et aux pistaches dans un bol, une carafe de thé à la menthe poivrée bien chaud. Du thé glacé aussi. Des biscuits fins de toutes sortes, au citron, aux pistaches, à la vanille, à l'eau de rose, à la lavande, aux pralinés, aux amandes et aux fruits. Des mangues et des litchis, si possible et du rhum arrangé. Dans un grand bol, du taboulé à la menthe. Dans un autre, une gigantesque salade composée de fleurs comestibles. Des hémérocales farcies, je veux y goûter au moins une fois dans ma vie.  Une superbe tourtière au gibier bien fumante, de petits pâtés à la viande au sel de Camargue. Des bouchées salées à la pâte phylo, de toute formes, en baluchons, en tartelettes, en triangles, carrés ou en cornets, sans oublier des baklavas taillés en losanges. Un plat de fromages d'ici, le Maria-Chapdelaine de Normandin, les fromages d'Hébertville comme le Curé Hébert, le Perron fort au porto, d'autres encore de la ferme Lehmann, des raisins noirs pour les accompagner. Sans oublier de bons pains de grains.  De l'eau d'une source bien fraîche à proximité où l'on pourrait boire à volonté sans risque quelconque. De la joie et de la musique. Mon amoureux et mes ami-e-s, mes proches. Bref, la festivité selon Marie! Un arc-en-ciel dans le ciel, des oiseaux virevoltant autour des invités. Des marguerites à perte de vue! On dirait quasiment, à bien y penser, que je suis en train de décrire ou de visualiser mon mariage, mes noces pour célébrer 30 ans de vie couple qui s'annoncent d'ici une couple d'années.

Après un tel repas, dans un tel lieu, je pourrais fermer les yeux bien repue, en me disant que j'ai vécu très heureuse, comblée d'amour et d'amitiés et bien entourée de tous ceux que j'ai aimés et, en pensant à eux, paupières lasses, je ressentirais que je suis déjà  au paradis, comme on dit ici.

15 commentaires:

Michel a dit…

Le Festin de Babette peut aller se rhabiller avec ses cailles en sarcophage :). Incroyable... C'est assurément un des plus beaux textes du dernier repas que j'ai lu. Ton billet est généreux et emprunt de tendresse, de sensibilité, d’une intelligence du propos… Quel prose ma chère Marie. On se sent envahie par une paix intérieure en te lisant, comme envoûté et charmé, voir hypnotisé par ton billet. Tu nous transportes royalement au pays des voluptés et c’est un festin pour notre imaginaire que de telles descriptions. Pour être romanesque, ton Dernier Repas l’est assurément.
On voit qu’on à pas affaire à une novice en matière de gastronomie ni en ce qui à trait aux vraies valeurs de vie, et encore moins en écriture. Tu nous livres ici le fruit d’un exercice plus que généreux de ta part sur un sujet qui, somme toutes, aucun de nous voulons voir se réaliser. Longue vie à toi Marie et puisse la composition de ce dernier repas se réaliser (pas tout en même temps quand même):)) sans pour autant être ce vrai foutu dernier repas que tous devrons prendre un jour.

Un merci sincère pour ta Réponse à cette invitation initiée par Diane et Isabelle.

Marie Gauthier a dit…

Michel, merci infiniment pour tous tes compliments, je suis toute rouge! Mais ce fut un véritable plaisir de me prêter à ce jeu et d'y réfléchir pendant un certain temps. J'avoue qu'il m'a fallu cogiter à ce sujet mais il m'était absolument impossible de ne décrire seulement que quelques envies ou fantasmes sans pudeur. C'est un sujet qui exige respect. Je ne pouvais passer à côté de ce que j'ai connu de la faim chez des êtres que j'ai vus aux moments de la finalité. Je te remercie mille fois pour ton enthousiasme dans la proposition et à la suite de ta lecture, et surtout pour ce beau partage que tu m'as permis de réaliser. Je suis convaincue que tu aimerais le bouillet de poulet que ta douce se permettrait de t'offrir si tel était le cas... A bientôt, Marie

Sakya a dit…

Félicitations chère Marie
Je te reconnais dans ton récit qui est La bonté même

C'est un jeu mais un jeu qui vient nous chercher et nous fait penser qu'un jour ce dernier repas arriveras sans que nous ayons le temps de le préparer

Très touchant ton texte
Sakya xx

Marie Gauthier a dit…

Merci bcp Sakya, oui en effet ça nous fait penser à notre propre finalité... et comme j'ai un proche hospitalisé depuis le début de l'année, cela est plus évident encore. Bises, Marie

wajomour a dit…

ouf!!!!moi,j'ai des frissons d'émotion rien qu'à te lire!!!quel texte émouvant!!!t'es la reine de la cuisine!!!!ok!!!mais tu peux être fiére de toi!!t'es la reine de la plume aussi!!!ouf!!!quel beau texte!!!!!j'en ai des frissons plein moi!!!!quel beau texte!!!!!

Anonyme a dit…

Bonjour Marie,
Vraiment tu m'as surprise aujourd'hui avec ce dernier festin.
Une chose que l'on repousse qu'on aime ne pas se l'imaginer. Mais en te lisant tu nous mets l'eau à la bouche avec toutes ces douceurs ,ce décor que tu nous fais miroiter. Enfin ce serait une belle entrée au paradis. Le bouillon de poulet m'a fait souvenir que ma maman m'avait servie un de ces bouillons qui m'avait ressuscité alors que j'étais malade de bronchite.Ce fut vraiment un miracle...J'en parle souvent et je m'en fais en pensant à ce jour.
Félicitations pour ton texte merveilleux...
Bye,
Thérèse

Marie Gauthier a dit…

Wajomour, c'est vrai j'en ai frissonné moi aussi en y réfléchissant.

Thérèse, c'est vrai que nos mères savaient comment nous ressusciter parfois avec très peu de choses.

Merci pour vos commentaires chaleureux, ce jeu du dernier repas s'avère un véritable plaisir...

Marie

Maripel a dit…

Bonjour Marie!

Magnifique! Que puis-je dire de plus? Que de sensibilité, de respect envers la vie, de compassion, mais aussi d'art de vivre, de beauté et d'amour! Tu me tétanises par tes propos. Bravo Marie! C'est touchant, grandiose et beau. Les larmes se sont mises à couler. Merci de ta générosité! xx

Marie Gauthier a dit…

Merci Maripel, je ne pensais pas que ce texte aurait un tel impact. J'espère que ce sont des larmes de joie. A bientôt Maripel et merci encore d'avoir pensé à moi, ce fut tellement agréable de me prêter à ce jeu! Bises, Marie

Maripel a dit…

Re-bonjour Marie!

Oh non! Pas de larme de tristesse! Devant la bonté, l'amour et la beauté, on s'émeut. Encore merci pour ce très beau témoignage, ainsi que pour ton message sur mon propre billet. xx

diane massicottte a dit…

Bonjour Marie!

Merci d'avoir pousuivi la vie... de Mon Dernier Repas.

Moi aussi j'aime les marguerites.
Et je me permets de vous suggérer la lecture d'un roman de Muriel Barbery: Une gourmandise.

diane, blogueuse passionnée

tarzile a dit…

Marie, tu es unique.

Marie Gauthier a dit…

Diane, j'ai acheté le livre et commencé la lecture. Un pur bonheur!

Tarzile, c'est un compliment...

Merci à vous pour vos passages ici... qui alimentent de si beaux échanges! Marie

Tiuscha a dit…

Une ode à la nature, à la gourmandise, au bien être et à la félicité, paradoxale quand on sait que c'est le dernier. C'est une pensée qui ne m'avait jamais effleurée mais cela mérite réflexion, le thème n'est pas follement drôle mais il dévoile la vraie personnalité culinaire ! Je sais qu'il y aura du vin et du fromage, pour le reste, je vais cogiter...

Marie Gauthier a dit…

Tiuscha, c'est une expérience que d'y réfléchir et de l'écrire... Je serai ravie de te lire... Un grand merci pour ton commentaire et ta visite ici. Marie

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